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La « nouvelle vague IA allemande » dans les PME

La première vague de l’IA dans les PME allemandes était un assistant qui rendait les salariés en place plus rapides. La seconde sera faite d’agents travaillant à des postes qui n’auraient de toute façon jamais été pourvus – et cela change discrètement ce qu’une banque doit financer.

Le chiffre est assez petit pour passer inaperçu. Selon l’Institut de recherche sur l’emploi (IAB), l’organisme de recherche de l’Agence fédérale pour l’emploi, 2026 est la première année où la population active potentielle du pays – tous les actifs plus tous ceux qui pourraient l’être – recule réellement. La baisse prévue est de 35 000 personnes, une erreur d’arrondi sur un effectif d’environ 46 millions.

Ce qui compte, c’est la direction. Pendant deux décennies, l’arithmétique démographique de l’Allemagne était une prévision. Cette année, elle est devenue une donnée, et les projections qui la sous-tendent n’ont rien d’aimable. Sans immigration et sans nouvelle hausse du taux d’activité, l’offre de main-d’œuvre reculerait selon l’IAB d’environ sept millions de personnes d’ici 2035, soit quelque 15 pour cent. Même dans le scénario de base, qui suppose une immigration continue et des taux d’activité croissants chez les femmes et les seniors, l’effectif tombe à environ 43,9 millions en 2035 et à 40,4 millions en 2060. L’institut a calculé que seule une immigration nette d’environ 400 000 personnes par an maintiendrait l’offre constante – bien au-dessus de la moyenne de long terme et, de l’avis même de l’IAB, difficilement tenable dans la durée, car les pays qui envoyaient autrefois des travailleurs en Allemagne vieillissent eux aussi.

Dans ce contexte, la bonne nouvelle de 2026 se lit autrement. Le baromètre KfW-ifo des compétences a établi qu’en avril, 22 pour cent des petites et moyennes entreprises se disaient freinées dans leur activité par la pénurie de main-d’œuvre qualifiée ; chez les grandes entreprises, le chiffre était de 19,3 pour cent. Dans l’industrie manufacturière, l’écart était encore plus net – 18,3 pour cent des entreprises moyennes contre 8 pour cent des grandes. Dirk Schumacher, chef économiste de la KfW, a dit sans détour pourquoi la pression s’est relâchée : à cause de la faiblesse de l’économie, pas d’une solution – et il s’attend à ce que la pénurie se resserre dès que la conjoncture repartira.

C’est le décor dans lequel les PME allemandes prendront leurs prochaines décisions sur l’intelligence artificielle. Et c’est la raison pour laquelle la prochaine vague d’adoption de l’IA dans les petites et moyennes entreprises allemandes suivra une autre logique que la première. La première vague consistait à rendre plus rapides les salariés qu’une entreprise a déjà. La seconde portera sur un travail pour lequel plus aucun salarié ne viendra.

La première vague était un assistant

En février, KfW Research a publié son étude la plus approfondie à ce jour sur l’IA dans les PME. Vingt pour cent des petites et moyennes entreprises ont utilisé l’IA sur la période 2022-2024, contre quatre pour cent sur les années 2016-2018 – un quintuplement, soit un peu moins de 780 000 entreprises en valeur absolue. La taille compte : 36 pour cent des entreprises de plus de 50 salariés utilisent l’IA, mais même chez les micro-entreprises de moins de cinq salariés, le chiffre atteint 19 pour cent. Les pionniers sont les entreprises dotées de leur propre recherche et développement, avec les services à forte intensité de savoir et l’industrie à forte intensité de R&D.

Mais regardez à quoi elles utilisent réellement l’IA, et le tableau est plus étroit que le titre ne le suggère. Les applications les plus répandues sont larges et faciles à déployer : la génération de langage naturel, utilisée par 14 pour cent des entreprises, et la reconnaissance de texte, par dix pour cent. Les usages exigeants, moins génériques – l’analyse de données à trois pour cent, l’IA pour le déplacement autonome de machines à un pour cent – pèsent à peine. Toutes technologies confondues, les analystes de la KfW ont trouvé les mêmes déterminants : le degré de numérisation, le savoir-faire numérique interne et la capacité générale d’innovation décident si l’IA est utilisée tout court.

L’enquête Bitkom auprès de 604 entreprises de 20 salariés et plus, publiée en mars, montre la même forme sous un autre angle. L’usage actif de l’IA dans ce groupe a plus que doublé en un an, de 17 à 41 pour cent, et 48 pour cent de plus prévoient de s’y mettre. Mais 77 pour cent citent les exigences de protection des données comme obstacle à la numérisation, et 70 pour cent la pénurie de main-d’œuvre qualifiée elle-même – une pénurie précisément des personnes censées introduire la technologie censée atténuer la pénurie. Le plus révélateur : 61 pour cent disent ne pas exploiter pleinement les données qu’ils ont déjà, et seuls 32 pour cent pensent utiliser le potentiel de leurs données.

L’Institut de recherche sur les PME de Bonn (IfM), qui a publié en mars une étude sur l’IA et les besoins en personnel qualifié, décrit ce que cela donne en pratique. Dans les petites entreprises, l’IA décharge aujourd’hui surtout les salariés des tâches routinières chronophages. Les cabinets comptables automatisent la comptabilité et le traitement des justificatifs ; les entreprises de peinture utilisent des robots pour apprêter de grandes surfaces ; les artisans emploient des assistants numériques pour la planification des tournées, le téléphone et le flux de travail. Selon l’IfM, cet allègement peut déjà réduire les difficultés à pourvoir les postes. Mais l’adoption dépend avant tout des compétences et de l’affinité numériques du dirigeant, et bien des directions ignorent laquelle des nombreuses applications disponibles convient à leur activité.

C’est l’ère de l’assistant : un outil assis à côté d’une personne et qui la rend plus rapide. Elle est réelle, elle s’étend, et ce n’est pas la partie intéressante.

La seconde vague occupe le poste

Un agent diffère d’un assistant par nature. Il ne rédige pas la relance qu’une gestionnaire envoie ensuite ; il mène tout le recouvrement – il vérifie la créance, applique les conditions de paiement, envoie les relances et remonte les exceptions à un humain. Il ne résume pas l’offre du fournisseur ; il collecte les offres, les confronte au cahier des charges et prépare la commande. L’assistant démultiplie une personne. L’agent pourvoit un poste.

Dans une économie où l’offre de main-d’œuvre croît, cette différence serait politiquement explosive et commercialement secondaire. Dans une économie où elle se contracte, c’est tout l’enjeu. Le panel Avenir de l’IfM a constaté que quatre entreprises sur dix peinent à trouver du personnel qualifié malgré la faiblesse de la conjoncture. Quand la comptable d’un constructeur de machines de 40 salariés du Sauerland part à la retraite et que le poste reste vacant dix-huit mois, l’entreprise n’a pas choisi l’automatisation plutôt que les gens. Elle a choisi l’automatisation plutôt que rien. Personne n’est venu.

Ce recadrage compte pour la façon dont les PME décideront. L’IfM a constaté que certains dirigeants utilisent déjà l’IA délibérément pour attirer les jeunes talents – la technologie comme argument d’embauche, pas comme remplacement. Les agents poussent cette logique un cran plus loin : les rares personnes qualifiées qu’une entreprise peut encore attirer – le maître artisan, l’ingénieure, le chef de chantier – passent moins de leur semaine à une administration qu’une machine peut assurer, et la planification des effectifs cesse de faire comme si le back-office serait un jour de nouveau pourvu.

Le plancher démographique explique aussi pourquoi cette vague ne sera pas volontaire. Une entreprise peut refuser un nouvel outil de productivité. Elle ne peut pas refuser le départ à la retraite de ses propres effectifs.

Où les agents atterrissent en premier

Les premiers agents d’une entreprise moyenne ne seront pas dans le produit. Ils travailleront dans le back-office, et les raisons en sont structurelles, pas une affaire de mode.

Les agents fonctionnent là où les processus sont documentés, les données structurées et les résultats mesurables – et où un système fixe déjà les limites de la tâche. Dans une PME allemande, cela correspond à la comptabilité, au traitement des commandes, aux achats, au recouvrement, à la planification et au premier contact client, qui tournent le plus souvent déjà dans un ERP et dans l’écosystème DATEV par lequel la comptabilité de la plupart des entreprises parvient à l’expert-comptable. Cela correspond bien moins à l’atelier, et c’est pourquoi le chiffre de la KfW pour l’IA dans le déplacement autonome de machines est à un pour cent et devrait y rester des années.

Deux choses posent discrètement les fondations. La première est la facturation électronique obligatoire. Depuis janvier 2025, les entreprises allemandes doivent pouvoir recevoir des factures électroniques structurées, et l’obligation de les émettre s’applique par paliers dès 2027 aux grandes entreprises et dès 2028 à toutes. Une facture structurée se traite par machine, ce qu’un PDF ne permet pas ; un agent peut la lire, la rapprocher de la commande, la comptabiliser et programmer le paiement. La facturation électronique a été vendue comme un sujet fiscal. En réalité, c’est le programme de préparation aux agents du back-office allemand, et presque personne ne la décrit ainsi.

La seconde est ce chiffre de Bitkom : 61 pour cent des entreprises n’utilisent pas les données qu’elles ont déjà. C’est moins un obstacle pour les agents qu’une carte de l’endroit où se trouvent les gains. Les entreprises qui nettoient leurs données de base, définissent leurs processus et relient leurs systèmes avant 2027 seront celles pour qui un agent est une affaire de configuration et non un projet. Les autres découvriront, comme à chaque vague précédente, que la technologie n’a jamais été la partie difficile.

Ce sont des charges d’exploitation – et c’est un problème pour la banque

C’est ici que l’histoire quitte l’atelier et arrive sur le bureau du conseiller entreprises.

En avril, KfW Research a publié une seconde étude qui a reçu moins d’attention qu’elle ne le méritait. Les crédits bancaires restent la première source de financement externe des PME allemandes – et pourtant, seuls 27 pour cent des petites et moyennes entreprises disent qu’elles envisageraient un crédit auprès d’une banque ou d’une caisse d’épargne pour financer un investissement. En 2017, le chiffre était de 66 pour cent, et en 2023 encore de 42. Chez les micro-entreprises de dix salariés au plus, la propension à emprunter s’est effondrée de 69 à 23 pour cent. Les entreprises de services ferment la marche à 21 pour cent. Seules les PME plus grandes, où plus de la moitié envisageraient encore d’emprunter, ont tenu.

Les raisons sont aussi révélatrices que le chiffre. Soixante-trois pour cent des entreprises qui excluent d’emprunter veulent éviter les dettes, 23 points de plus qu’en 2017. La moitié ne cherche par principe aucun financement externe, contre 15 pour cent il y a neuf ans. Trente-six pour cent disent disposer d’assez de fonds propres. Et 30 pour cent se plaignent que les banques exigent trop de transparence – presque deux fois plus qu’en 2023. La KfW elle-même en conclut que les besoins d’investissement des PME restent élevés, que les fonds propres ne les couvriront pas et que la croissance souffrira si les entreprises continuent de refuser le capital extérieur.

Superposez maintenant la vague des agents. L’instrument classique du financement des PME est le crédit d’investissement : une machine, un hall de production, une flotte de véhicules, financés sur leur durée d’utilisation et garantis par le bien lui-même. Les agents ne sont pas une machine. Ils sont une charge d’exploitation mensuelle, liée à l’usage, sans actif à nantir ni durée d’utilisation à amortir. Le leasing ne convient pas davantage. Et les entreprises qui en ont le plus besoin – les micro et petites entreprises dont la comptable ne sera pas remplacée – sont précisément les moins disposées à emprunter et les plus allergiques à la transparence.

La banque se trouve donc dans une position étrange. Ses clients font face au changement opérationnel le plus lourd de conséquences d’une génération ; ce changement apparaît dans leurs flux de trésorerie avant leurs bilans ; et le rayon de produits de la banque n’a rien de taillé pour cela. Financer la décennie des agents devra prendre la forme d’une ligne de fonds de roulement : liée à des résultats de processus mesurables plutôt qu’à des garanties, dimensionnée sur des dépenses mensuelles plutôt que sur un prix d’achat, et probablement couplée à ce que la banque possède déjà et personne d’autre – les données de compte. Un conseiller qui voit les lignes de salaires d’un client s’aplatir pendant qu’un nouveau prélèvement logiciel apparaît chaque mois observe un déploiement d’agents en temps réel. Cet avantage informationnel vaut plus que n’importe quel programme de subvention, et c’est pourquoi la banque de proximité, et non le capital-risque, finira par financer l’essentiel.

L’objection

L’équité exige l’autre version, et elle mérite d’être prise au sérieux.

Le panel d’experts de l’IfM, interrogé au printemps, voit dans la préservation de l’innovation et de la compétitivité le plus grand défi des PME, et dans la numérisation et l’IA sa condition – mais il cite aussi les cyber-risques et la dépendance envers des prestataires externes comme des dangers que les entreprises et la politique économique doivent garder à l’œil. Le point sur la dépendance n’a rien d’abstrait. L’agent qui mène le recouvrement d’une entreprise tourne sur le modèle d’un autre, dans le cloud d’un autre et aux conditions d’un autre, et l’instinct d’indépendance financière et opérationnelle des PME, si visible dans les données de crédit de la KfW, s’appliquera à cela aussi.

Le problème des compétences ne disparaît pas non plus ; il se déplace. Le constat de l’IfM : parce que l’IA modifie les profils de poste, la demande de salariés qualifiés en conséquence augmente, et la formation initiale comme continue doivent suivre rapidement, sinon les petites entreprises perdront la course aux personnes capables de faire fonctionner les machines. Depuis février 2025, le règlement européen sur l’IA impose à toute entreprise qui utilise l’IA d’assurer une maîtrise suffisante de l’IA parmi son personnel – une obligation modeste sur le papier, bien réelle dans une entreprise de 30 personnes sans service informatique.

Et les gains de productivité sont, pour l’instant, surtout affirmés. Vingt pour cent des entreprises utilisent l’IA ; trois pour cent l’utilisent pour quelque chose d’analytiquement exigeant. Une vague d’agents sur une base aussi étroite pourrait caler pour les mêmes raisons que les programmes de numérisation antérieurs – les programmes fédéraux go-digital et Digital Jetzt ont depuis expiré –, avec des consultants et des subventions à la place de la discipline de processus qui manque.

Tout cela est vrai. Rien ne change le plancher démographique. Un sceptique peut soutenir que les agents décevront et avoir raison sur le calendrier. Il ne peut pas soutenir que la comptable partie à la retraite sera remplacée.

Trois choses à surveiller

La première est 2027. Quand l’obligation d’émettre des factures structurées s’appliquera aux grandes entreprises, le back-office des PME allemandes deviendra lisible par machine, de par la loi. Cette date, et non un lancement de produit, est le moment où les agents en comptabilité et en traitement des commandes cessent d’être un projet pilote.

La deuxième est la succession. L’IfM estime qu’environ 186 000 entreprises allemandes devront être transmises dans les cinq prochaines années parce que leurs dirigeants atteignent l’âge de la retraite. Qui achète une entreprise moyenne en 2028 supposera que son back-office tourne avec des agents et la valorisera en conséquence – et la banque qui finance cette succession valorise la même chose, qu’elle ait déjà un nom pour cela ou non.

La troisième est les 27 pour cent. Si les agents font ce que leurs défenseurs affirment, ils rendent la trésorerie d’une petite entreprise plus prévisible : moins de postes vacants, moins de factures en retard, moins d’erreurs dans le carnet de commandes. Une trésorerie prévisible est exactement ce sur quoi une banque prête. La question pour les banques allemandes est de savoir si elles peuvent bâtir un produit pour cela avant que leur propre recherche n’annonce au printemps prochain que le chiffre a encore baissé.

Les PME n’ont jamais acheté une technologie parce qu’elle était impressionnante. Elles ont acheté la continuité – la certitude que l’entreprise tournera encore dans vingt ans, dans la même famille, au même endroit. Les agents sont la première technologie dont la promesse honnête est la continuité. C’est pourquoi ils seront adoptés, et c’est pourquoi la conversation à leur sujet a moins sa place dans une conférence tech que dans une banque.


Sources et lectures complémentaires

Nuicorn